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Évolution du secteur de l'alimentation: bilan 2025 et perspectives 2026
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Hiver 2026
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Bilan 2025 : inflation modérée, mais prix toujours élevés
Le Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie a publié sa nouvelle édition du rapport sur les prix alimentaires 2026 . La hausse des prix des aliments s’est modérée en 2025, autour de 4 % sur un an, après les sommets des années précédentes. Néanmoins, les prix alimentaires restent environ 27 % plus élevés qu’il y a cinq ans. L’inflation alimentaire au Québec a été légèrement inférieure à la moyenne nationale d’environ 3,8 % en 2025.
La viande a affiché la plus forte inflation parmi les différentes catégories en 2025 (environ 7 % sur l’année), ce qui s’explique par la flambée du prix du bœuf : 19 % au premier trimestre 2025. Pour éviter une pénurie, le Canada a augmenté ses importations de bœuf : de janvier à avril 2025, les volumes importés ont bondi de 22 % par rapport à 2024. Le pays a notamment renforcé ses achats auprès du Mexique et de l’Australie afin de combler le manque de bovins domestiques. Cet apport extérieur a aidé à stabiliser les prix de détail du bœuf en atténuant la pression sur l’offre.
Enjeux climatiques et chaîne d’approvisionnement
Les changements climatiques perturbent de plus en plus la production agroalimentaire, avec des répercussions directes sur les prix. En juin 2025, 66 % des terres agricoles du Canada subissaient une sécheresse allant de modérée à extrême. Les Prairies de l’Ouest (Saskatchewan, Alberta) ont été particulièrement touchées, mais des déficits de pluie importants ont également frappé l’Ontario, le Québec et la Nouvelle-Écosse, ce qui a réduit les récoltes de fruits et légumes dans ces régions.
Pour 2026, les prévisions météorologiques annoncent un retour à un hiver rigoureux et un été plus chaud et humide que la normale, en particulier dans les zones côtières. Si ces prédictions se confirment, elles pourraient à nouveau affecter les récoltes et l’offre de certains produits saisonniers. Il est donc crucial de surveiller de près l’impact de ces conditions sur les approvisionnements et les prix des catégories sensibles (fruits et légumes).
Tendances de consommation : recherche d’économies et compromis
Les consommateurs ont adapté leurs comportements en 2025. La clientèle est plus que jamais en quête de rabais. Près de 25 % des Canadiens disent acheter davantage de produits surgelés du fait de leur prix et de leur longue conservation. Ils réduisent la fréquence d’achat de produits frais périssables (viandes, fruits, légumes), souvent plus onéreux, et choisissent à la place des options plus abordables.
Ainsi, 86 % des consommateurs déclarent manger moins de viande qu’auparavant à cause de son
prix élevé. Toutefois, seule une minorité adopte des substituts avec 17 % qui ont augmenté leur
consommation de protéines végétales.
Selon l’étude, confrontés à des consommateurs scrutant les prix, les détaillants ont dû intensifier
leurs offres promotionnelles et miser sur le segment à bas prix. Les grandes enseignes, comme les
indépendants, ont recentré leur stratégie en ouvrant ou en développant leurs bannières rabais.
Marché de détail : consolidation et nouvelles régulations
Pour corriger certains déséquilibres dans la chaîne d’approvisionnement, un code de conduite dans le
secteur de l’alimentation a été élaboré et adopté en 2025. Ce code de conduite a entamé sa période de transition en juin 2025 et sera pleinement opérationnel dès janvier 2026. Il a pour objectif de promouvoir l’équité sur le marché alimentaire en instaurant des règles du jeu plus transparentes entre les acteurs. Par exemple, le code vise à encadrer ou à éliminer des pénalités et des frais abusifs qui pouvaient être imposés dans les relations commerciales. L’ADA espérait depuis longtemps un tel dénouement, afin de mettre fin à des pratiques jugées déloyales envers les plus petits acteurs. Il reste à voir si ce dispositif portera ses fruits, mais son entrée en vigueur est perçue comme une avancée vers un environnement plus sain dans l’industrie.
En parallèle, l’année 2025 a vu revenir sur la scène politique la question des barrières interprovinciales en matière de commerce alimentaire. Les différences de normes et de réglementations entre les provinces créent des entraves internes qui fragmentent le marché. Ces obstacles nuisent à l’économie : ils compliquent la circulation des produits, génèrent de l’incertitude pour les entreprises et peuvent entraîner des coûts supplémentaires. Les gouvernements provinciaux sont donc appelés à prendre des mesures concrètes pour harmoniser les règles, réduire ces coûts cachés et améliorer la fluidité des échanges. En réduisant les barrières au commerce interprovincial, on espère diminuer les prix pour les consommateurs et offrir de nouvelles opportunités aux producteurs locaux sur l’ensemble du territoire.
Perspectives 2026 : vers une inflation plus modérée, sauf au Québec
D’après les projections du centre de recherche, l’inflation alimentaire au Canada devrait tout de même demeurer à un niveau modéré par rapport aux sommets récents. Cependant, le Québec devrait voir les prix des aliments augmenter plus rapidement que la moyenne nationale en 2026. Les détaillants québécois doivent donc se préparer à une pression accentuée sur les coûts l’an prochain.
Les prévisions par catégories indiquent que la viande restera le poste le plus inflationniste en 2026
(entre 5 % et 7 %). À l’inverse, les fruits de mer et les fruits frais devraient connaître les plus faibles
augmentations, autour de 1 % à 3 % si les conditions d’approvisionnement restent normales. Les produits céréaliers et de boulangerie ainsi que les produits laitiers suivraient une trajectoire intermédiaire (2 % à 4 %).