Dernière mise à jour

Hiver 2026

Dans notre précédente édition du RADAR de l’Automne 2025, nous faisions état des difficultés croissantes rencontrées par les détaillants pour conserver leur main-d’œuvre issue de l’immigration. Cette réalité s’accentue alors même que le secteur du commerce de détail en alimentation dépend fortement de
cette main-d’œuvre pour combler un déficit de travailleurs au Québec. Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), qui constitue la principale voie d’accès à un permis de travail, est aujourd’hui de plus en plus restrictif.

C’est dans ce contexte que nous avons déposé un mémoire auprès du Ministère de l’immigration, de la francisation et de l’intégration (MIFI). Ce mémoire insistait sur le fait que les commerces de détail
en alimentation jouent un rôle crucial dans le tissu social québécois, en tant qu’espaces de francisation, d’intégration et de participation économique. Nous y avons défendu plusieurs recommandations :
l’adoption d’une clause de droits acquis permettant aux travailleurs étrangers déjà en poste de prolonger leur séjour au-delà de trois ans, l’assouplissement des critères de sélection du PTET et l’augmentation du
nombre d’immigrants permanents admis annuellement. La cible de 45  000 immigrants permanents a d’ailleurs été retenue dans la planification de l’immigration 2026-2029.

Malgré cette reconnaissance partielle, des contraintes structurelles demeurent, en particulier en raison de la compétence partagée en matière d’immigration entre Québec et Ottawa, qui complexifie l’élaboration de mesures adaptées aux réalités régionales et sectorielles.

Le 6 novembre 2025, le gouvernement québécois a aboli le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui représentait jusqu’alors l’une des rares voies simples et accessibles vers la résidence permanente pour de nombreux travailleurs étrangers. Cette décision a provoqué une onde de choc dans la communauté immigrante. Elle a été accompagnée des restrictions imposées au PTET. La possibilité de s’établir durablement au Québec est désormais compromise pour une large part de la main-d’œuvre immigrante, y compris celle qui contribue quotidiennement à faire vivre les commerces de proximité en alimentation.

L’ADA analyse continuellement les mesures découlant de la planification 2026-2029 afin d’anticiper leurs
incidences et de défendre les intérêts des détaillants en alimentation du Québec.

Certaines personnes, qui comptaient sur le PEQ pour accéder à la résidence permanente envisagent
désormais de s’établir en Ontario ou dans d’autres provinces canadiennes où des programmes plus ouverts dossiers sont encore en place. Ce déplacement de la main-d’œuvre entraîne des effets directs sur la stabilité des entreprises locales, en particulier dans les centres urbains.

Aujourd’hui, les commerçants situés dans la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), sont
confrontés à un ensemble de restrictions simultanées : l’interdiction de présenter une nouvelle demande
d’Évaluation sur l’impact dans le marché du travail (EIMT) pour des postes à bas salaire à Montréal ou à
Laval, l’impossibilité de contourner cette restriction si le taux de chômage régional dépasse 6 %, et le rejet
automatique des demandes d’employeurs ayant atteint le plafond de 20 % de TET parmi leurs employés.
Ces mesures rendent le recrutement, et le renouvellement, quasi impossible pour de nombreux détaillants.

Hors des grands centres, la situation est un peu plus souple. Les détaillants peuvent encore recruter des travailleurs étrangers temporaires, à condition que leur entreprise n’ait pas dépassé le quota de 20 %, que
le poste offert propose un salaire égal ou supérieur au seuil médian (fixé à 34,62 $/h en 2025), et que la
région affiche un taux de chômage inférieur à 6 %. Les permis octroyés sont généralement valides pour un an, renouvelables sous réserve de satisfaire à nouveau aux exigences d’une EIMT.

Dans ces conditions, la première option pour les employés souhaitant rester au Québec consiste
à poursuivre dans le cadre du PTET classique. Le permis de travail est fermé, c’est-à-dire lié à un
seul employeur, et son obtention repose sur un processus en deux étapes :

  1. La validation d’une nouvelle Étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) ;
  2. La satisfaction des conditions liées au nombre de TET déjà en poste et à la situation du marché
    du travail régional.

La seconde option est de postuler au nouveau programme mis en place par le MIFI, le PSTQ.

Comment aider vos salariés à appliquer au Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) ?

Afin d’appliquer au PSTQ, un résident temporaire doit avoir vécu et travaillé au Québec pendant deux ans.
Ses compétences professionnelles doivent aussi répondre aux besoins économiques prioritaires du Québec. Le Québec sélectionne ses propres candidats à l’immigration économique via le Certificat de sélection du Québec (CSQ). Une fois obtenu, les candidats doivent soumettre un profil dans la plateforme Arrima et le MIFI émet périodiquement des invitations à présenter une demande de CSQ. Le Québec sélectionne ainsi des catégories de travailleurs en fonction de ses besoins de main-d’œuvre et d’autres critères.

Ce système à points peut représenter une chance pour un travailleur du commerce de détail en
alimentation à condition d’accumuler assez de points grâce à ces caractéristiques :

  1. Connaissance du français : atout majeur.
  2. Type d’emploi : Le PSTQ continue de privilégier les offres d’emploi validées dans des professions de niveau 0, 1 et 2.
  3. Type d’emploi : Le PSTQ continue de privilégier les offres d’emploi validées dans des professions de niveau 0, 1 et 2.

Si l’employeur du candidat souhaite le garder de façon permanente, il peut soumettre au MIFI une offre d’emploi validée, permettant d’accorder des points bonus aux candidats dans Arrima, voire de le faire passer en traitement prioritaire pour un CSQ. Le MIFI n’accepte de valider que des offres à temps plein et permanentes dans des métiers qui requièrent une certaine qualification. Un poste de gérant de commerce de détail pourrait être validé, mais une offre de préposé aux tablettes ou encore de caissier risque de ne pas répondre aux critères de validation.

En l’absence d’une offre validée, le candidat est en concurrence avec tous les autres profils sur la plateforme Arrima. Ses chances dépendront donc de facteurs comme l’âge, les études, l’expérience, la situation familiale ainsi que la connaissance du français.

Programme de la Catégorie de l’expérience canadienne (CEC)

Les emplois dans les commerces de détail en alimentation qui ne sont pas assez qualifiés (autres que 0, 1, 2 ou 3) ne sont pas admissibles au programme de la CEC. Ce programme d’entrée express s’intéresse exclusivement aux travailleurs qualifiés qui ont au moins une année d’expérience comme superviseur de commerce de détail ou gérant adjoint d’épicerie. Outre l’expérience, la CEC exige de réussir un test de langue française ou anglaise.

Programme de mobilité internationale (PMI+)

Le Programme de mobilité internationale permet d’avoir un permis de travail ouvert pour les détenteurs du Certificat de sélection du Québec pour une durée maximale de trois ans. Ce programme est une bonne alternative dans l’attente de la résidence permanente.

L’année 2026 s’annonce comme une année charnière pour l’avenir de l’immigration économique au Québec. Le nouveau cadre réglementaire, plus sélectif, continue de fragiliser les commerces de détail en alimentation qui peinent à conserver une main-d’œuvre indispensable à leur fonctionnement. Face à l’orientation prise par Québec et Ottawa, davantage tournée vers les profils qualifiés, francophones et scolarisés, il devient essentiel que notre secteur soit pleinement reconnu pour sa contribution à l’intégration, à la francisation et à la vitalité économique du Québec. L’ADA poursuivra ses efforts pour que ces réalités soient prises en compte dans les prochaines phases de négociation et de mise en œuvre des politiques d’immigration. Nous suivrons aussi les évolutions suites au changement dans le gouvernement québécois