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Hiver 2026

La première Politique bioalimentaire du Québec, « Alimenter notre monde », couvrant la période 2018-2025 poursuivait deux grandes ambitions : développer un secteur bioalimentaire prospère et durable, et maintenir un haut niveau de confiance des consommateurs, en relevant trois défis majeurs : répondre aux attentes en matière de santé et d’environnement, accroître les activités de production, de pêche et de transformation, et augmenter la présence des produits québécois sur les marchés locaux et d’exportation. Sur le plan des investissements, la cible était de 15 G$ entre 2016 et 2025 pour les entreprises agricoles, de pêche et de transformation alimentaire. Elle a été largement dépassée : de 2016 à 2024, les investissements cumulatifs atteignent 20,1 G$, dont 11,4 G$ en agriculture, pêche et aquaculture et 8,7 G$ en transformation. Cette performance s’explique par un contexte de marché favorable, des taux d’intérêt bas jusqu’en 2022 et des incitatifs financiers qui ont soutenu la modernisation et l’augmentation de la capacité des entreprises.

Autre résultat clé : la valeur du contenu québécois dans les achats en épicerie et en restauration. L’objectif était de passer de 24 G$ à 34 G$ entre 2016 et 2025. Cette cible a été atteinte dès 2022, et les dernières estimations indiquent un niveau de 39,6 G$ en 2024, soit bien au-delà de la cible. Cette mesure correspond à ce qui est produit et vendu au Québec, en excluant les importations, et intègre les intrants locaux et la valeur ajoutée dans toute la chaîne.

La Politique 2018-2025 a effectivement soutenu un environnement où l’offre d’aliments québécois s’est densifiée, avec des producteurs et transformateurs plus capitalisés et mieux équipés pour répondre à la demande en produits locaux. La forte croissance du contenu québécois sur les tablettes s’explique autant par la hausse des prix que par une préférence accrue des consommateurs pour les produits d’ici. Le concours Les Aliments du Québec dans mon panier permet en ce sens de mettre en avant la production locale tout en créant une coopération entre les producteurs et les détaillants. Découvrez les produits qui ont gagné l’édition 2025 du concours : https://adaq.qc.ca/concours-grand-public

La nouvelle Politique 2025-2035 : autonomie alimentaire, compétitivité et durabilité

La Politique bioalimentaire 2025-2035, « Nourrir nos ambitions », prend le relais dans une nouvelle mouture à partir de 2025. Elle est centrée sur trois axes : renforcer l’autonomie alimentaire du Québec, assurer la prospérité et la durabilité du secteur et accélérer l’innovation.

Le gouvernement insiste sur la fragilité des chaînes d’approvisionnement révélée par les tensions commerciales et les crises sanitaires, et positionne le secteur bioalimentaire comme un secteur stratégique au cœur de l’économie, des régions et de la sécurité alimentaire du Québec. L’idée centrale est de miser sur une production locale diversifiée, compétitive, adaptée aux besoins des consommateurs et résiliente face aux changements climatiques.

Pour suivre les progrès, la Politique retient trois grandes « ambitions ». La première porte sur l’autonomie alimentaire, avec quatre indicateurs : la valeur du contenu québécois (39,6 G$ en 2024), la part des achats alimentaires des détaillants et du réseau HRI effectués auprès de fournisseurs du Québec (estimée à 51 %), le degré d’auto-approvisionnement et la confiance des consommateurs envers les aliments. La seconde ambition consiste à favoriser la prospérité et la durabilité. Elle comprend sept cibles, notamment l’injection de 25 G$ d’ici 2035 dans les entreprises agricoles, aquacoles, de pêche et de transformation alimentaire. La troisième ambition concerne l’innovation, en cherchant à augmenter la proportion d’entreprises innovantes et à accélérer la transition vers des pratiques respectueuses de l’environnement.

Le gouvernement accompagne cette Politique d’un cadre financier dédié : durant les cinq premières années (2025-2026 à 2029-2030), le MAPAQ disposera de 1,05 G$ pour soutenir les mesures phares de la Politique, en plus des fonds fédéraux et autres programmes complémentaires. Des plans de mise en œuvre quinquennaux doivent traduire ces orientations en programmes concrets pour les entreprises bioalimentaires.

Pour les détaillants, le gouvernement souhaite à la fois renforcer l’offre locale et demander aux acteurs de la chaîne de s’aligner sur des objectifs de durabilité et de valeur ajoutée.

  1. UN APPROVISIONNEMENT LOCAL PLUS STRUCTURÉ ET PLUS STRATÉGIQUE.
    Puisque les produits avec une mention « fait au Québec » atteignent déjà près de 40 G$ et que 51 % des achats des détaillants et du réseau HRI proviennent de fournisseurs du Québec, cela signifie que les produits locaux sont désormais une composante structurante du panier alimentaire. La nouvelle Politique ne cherche pas tant à renverser la table qu’à consolider cette tendance : elle pousse à sécuriser l’approvisionnement local, à diversifier la production et à renforcer la présence des produits d’ici sur les marchés. Pour les détaillants, cela se traduit par de nouvelles attentes des consommateurs, mais aussi par des opportunités : pour élargir l’espace réservé aux produits québécois, travailler davantage avec des fournisseurs locaux et mettre en avant l’origine sur le plancher de vente.
  2. DES FOURNISSEURS PLUS CAPITALISÉS, MAIS AUSSI PLUS EXIGEANTS.
    Les 20,1 G$ d’investissements réalisés sur la période 2016-2024 montrent que les exploitations agricoles et les transformateurs se modernisent rapidement. La nouvelle cible de +25 G$ d’ici 2035 prolonge cette dynamique. À terme, les détaillants en alimentation du Québec devraient bénéficier de fournisseurs plus efficaces, capables d’offrir des volumes plus stables, des produits mieux différenciés et, potentiellement, des innovations (gammes prêtes à manger, produits à plus haute valeur ajoutée).
  3. UN RÔLE EXPLICITE DES DÉTAILLANTS DANS L’AUTONOMIE ALIMENTAIRE.
    La Politique identifie les détaillants québécois comme des acteurs clés de l’autonomie alimentaire, en leur assignant explicitement le rôle de rendre accessible une diversité d’aliments québécois et de valoriser le savoir-faire des régions. Les détaillants-propriétaires, ancrés dans leur communauté, sont les mieux placés pour faire rayonner les produits d’ici et accompagner l’émergence de nouvelles marques locales. Grâce à la proximité avec les consommateurs, il est possible de permettre à des producteurs émergents d’accéder au marché et de bâtir leur notoriété directement sur les tablettes.