15 juin 2026

Éditorial de Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec

Les élections ne sont pas encore déclenchées, mais c’est tout comme. Les partis se battent pour l’attention médiatique. Cette fois, ils ne font pas vraiment preuve d’originalité, mais ils veulent marquer les esprits et, comme le dit avec justesse Michel, l’épicier est une cible de choix avec le dos large. Par exemple, deux partis ont annoncé vouloir interdire la tarification dynamique en épicerie même s’il faut
le rappeler : il n’y a pas de tarification dynamique dans notre secteur, les circulaires annoncent même les rabais ouvertement et à l’avance. À l’inverse, les partis ne croient pas que ce serait une bonne idée de légiférer sur des secteurs qui abusent de la tarification dynamique depuis longtemps, comme l’industrie événementielle ou celle du voyage. On peut comprendre l’attrait d’éviter une possibilité.

À plusieurs reprises, des partis ont annoncé souhaiter l’arrivée d’un joueur étranger pour ajouter de la concurrence dans le marché québécois et canadien. Certains auraient même courtisé directement des joueurs étrangers. La France, quant à elle, s’est opposée à la vente de Carrefour à Couche-Tard, en invoquant la question de la sécurité alimentaire. À la recherche de bas prix, certains rêvent du hard discount à l’allemande. Modèle qui met une pression extrême sur la réduction des prix, exige une flexibilité totale et où règnent les marques de distributeur, de quoi assurer des fournisseurs d’ici
remplaçables. Le rêve pour la filière bioalimentaire québécoise.

Il y a également le projet d’ouvrir des épiceries d’État ou municipales, comme l’a annoncé la ville de Toronto. Le ministre Donald Martel, interloqué durant l’étude des crédits, décrit cette proposition comme d’une « espèce de Costco québécois » en affirmant que pour « proposer quelque chose comme ça, il ne faut pas connaître beaucoup les régions » avant de nommer une série de propriétaires impliqués de son coin du Centre-du-Québec.

Opérer des commerces alimentaires, ce n’est peut-être pas de la fission nucléaire, mais assurer des chaînes d’approvisionnement en continu, négocier avec des fournisseurs multinationaux, couvrir les dépenses d’opérations, assurer le fonds de roulement tout en restant compétitif, c’est loin d’être facile. C’est difficile pour les indépendants, difficile pour les coopératives – qui sont nombreuses dans notre secteur –, extrêmement difficile pour des épiceries communautaires de juste rester à flot. Parlez-en à Mayrand, parlez-en à Colabor ou à tous les maires de petites localités qui ont vu leur dernier commerce alimentaire fermer.

On parle d’entrepreneurs d’ici, d’épiciers impliqués dans leur communauté qu’on souhaite concurrencer par des commerces financés avec leurs impôts.

Ce serait intéressant que les politiciens viennent nous voir sur le plancher. Notre porte est ouverte. On aimerait beaucoup leur parler des conséquences de l’inflation sur nos opérations et sur la pérennité de nos modèles d’affaires.

Pierre-Alexandre Blouin

Président-directeur général