Nouvelles
La Meute
9 février 2026
Nouvelles
9 février 2026
Le phénomène de meute désigne une dynamique sociale où un groupe d’individus qui adopte un
comportement collectif, souvent impulsif et peu réfléchi, qui s’amplifie par l’effet d’entraînement et la pression du groupe. Dans ce contexte, les réactions sont exacerbées, et il devient difficile pour chaque membre de s’extraire du mouvement général, même si celui-ci va à l’encontre de ses convictions
personnelles. Ce mécanisme peut mener à la stigmatisation ou à la mise à l’index de certains acteurs, notamment sur les réseaux sociaux, où la viralité renforce la puissance et la rapidité de la meute.
Pourquoi commencer ce premier éditorial de 2026 par la définition d’une dynamique sociale ?
D’abord, au premier niveau parce qu’un vol médiatisé a eu lieu en décembre 2025 dans un supermarché Métro situé sur l’avenue Laurier à Montréal. Des membres du groupe activiste autoproclamé « Robins des ruelles », déguisés en pères Noël et en lutins, ont volé des aliments d’une valeur de milliers de dollars pour les redistribuer gratuitement à des personnes dans le besoin. Ils ont justifié leur geste par l’inflation.
Personne ne remet en question l’inflation, elle est bien réelle. D’ailleurs, la famille Beaulieu, propriétaire du
commerce ciblé (pourquoi lui ?), est bien placée pour constater l’inflation à travers ses approvisionnements dont le coût a fait un bond remarquable. Dans une épicerie, un produit volé a été non seulement acheté, mais aussi manutentionné, souvent réfrigéré et préparé. Il est aussi intéressant de revenir au « flash mob », que je vais traduire librement comme un braquage éclair. C’est un mode de vol organisé, prémédité qui prend de l’ampleur à l’échelle du continent. Heureusement, cette stratégie de vol
est toujours rare ici, mais on peut voir que nos insouciants « Robins » sont bien au courant des techniques criminelles.
Une enquête du SPVM est en cours, mais parions que ça n’aboutira pas à grand-chose, car après tout, ce n’est pas si grave comme offense… au contraire, si on lit les commentaires suivant l’incident sur les réseaux sociaux, ce sont plutôt des héros. C’est là que je me gratte sérieusement la tête, sommes-nous vraiment dans une allégorie de Robin des bois qui vole l’oppresseur du peuple, face au prince Jean ? Pendant ce temps, les commandes d’Amazon circulent librement sans crainte de remise en question de leur hégémonie sur le bon peuple.
Les causes de l’inflation, c’est l’épicier, c’est plus simple.
Rien à voir avec les chèques pandémiques qui ont dopé l’économie un temps, les ruptures des chaînes
d’approvisionnement qui ont fait augmenter la demande, le congé de TPS, puis la hausse combinée de
l’énergie, des approvisionnements et des salaires dans toute la chaîne de valeur, notamment, mais pas
exclusivement alimentaire. Le problème, c’est que ces enjeux ne se règlent pas en claquant des doigts,
pas plus que les barrières et règles mouvantes du commerce international qui ajoutent à toute cette complexité.
Il s’agit d’enjeux complexes, sur lesquels on a peu d’emprise individuellement. Même les grandes entreprises du monde agroalimentaire investissent massivement dans l’optimisation de
leurs processus et négocient aussi fort qu’elles le peuvent pour garder leurs prix compétitifs. Toute la chaîne est interreliée et sous la pression soutenue de l’inflation.
C’est là qu’arrive le deuxième niveau. Il est normal que des chroniqueurs pondent des textes pointant des
coupables avec vitriol, mais on aurait vraiment besoin de plus de politiques qui comprennent et expliquent plutôt qu’amplifier le bruit de la meute sur l’inflation. On pourrait collectivement
regretter les souhaits de déflation ou l’arrivée d’une multinationale étrangère de plus sur notre marché.
Les détaillants-propriétaires font partie de la solution, pas du problème.
Pierre-Alexandre Blouin
Président-directeur général