Nouvelles
Le paradoxe à son meilleur
15 juin 2026
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15 juin 2026
Il y a des jours où je repense à la pandémie avec un certain paradoxe. Personne ne souhaite revivre cette période, avec son lot d’incertitudes, de fatigue, de bouleversements et où, malheureusement, plusieurs ont vécu de graves enjeux de santé. Pourtant, à cette époque, les épiciers étaient reconnus pour ce qu’ils étaient réellement : des acteurs essentiels, présents chaque jour sur le terrain pour garder les commerces ouverts, approvisionner les familles et maintenir un service de proximité malgré le manque de personnel, la pression logistique et l’inquiétude généralisée.
Aujourd’hui, le regard posé sur notre secteur a radicalement changé. On entend trop souvent que les épiciers font des profits excessifs et portent une part importante de la responsabilité de l’inflation. Cette lecture simpliste ne reflète pourtant pas la réalité vécue sur le terrain. Depuis quatre ans, les épiciers indépendants encaissent des chocs répétés : hausse des coûts d’exploitation, rareté de la main-d’œuvre, investissements devenus difficiles à rentabiliser, concurrence accrue de l’escompte et pression constante sur les marges. Pendant que le débat public cherche des coupables, plusieurs commerces, eux, tentent simplement de survivre.
Dans plusieurs régions, la fragilité du modèle saute aux yeux : commerces vieillissants, coûts de rénovation prohibitifs, relève difficile à trouver, fermeture du dernier point de vente alimentaire dans certaines communautés. À cela s’ajoute la hausse marquée des intrants, qui alourdit encore davantage la pression sur les détaillants.
Et comme si cela ne suffisait pas, ces derniers doivent souvent affronter la frustration d’une clientèle elle-même éprouvée par le contexte économique. Il serait temps de reconnaître une vérité simple : les
épiciers indépendants ne sont pas l’ennemi.
Et comme si le climat n’était pas déjà assez lourd, voilà que les « Robins des ruelles » ont encore frappé. Leur dernière cible est le Metro Bigras, le plus petit Metro de la province, un commerce de quartier dans un coin pas trop pourvu en commerces. J’avoue ne pas trop savoir comment qualifier ce groupe d’individus : militants improvisés, justiciers autoproclamés ou simples opportunistes en mal d’attention. Une chose est certaine, leurs gestes n’aident en rien le débat public et contribuent surtout à alimenter un procès d’intention permanent envers un secteur déjà sous pression.
Il n’y a pas de solution rapide ou facile à l’inflation, ça va nous prendre des élus capables d’avoir une vision claire de notre avenir économique et aussi capables d’appeler un chat un chat, un voleur un voleur ! Envers et contre tous, vos épiciers vont continuer à maintenir en marche un réseau essentiel à la vitalité de nos communautés.
Michel Dépatie
Président du Conseil
Propriétaire du Metro Plus Dépatie, Laval